J'ai lu une première fois le billet de Delphine à propos des chiffres. Puis une deuxième, puis une troisième. Il y avait quelque chose qui me titillait là-dedans, mais je n'arrivais pas à mettre la main dessus.
Qu'est-ce donc que ces rondes de chiffres m'évoquaient ?
Ce matin, justement "entre deux chiffres" (vive les ordinateurs pour calculer pendant que les humains surfent dans la blogosphère :D), j'y suis revenue une fois de plus.
Et cette fois j'ai attrapé la petite idée qui se cachait si bien.
J'ai la sensation que nous vivons dans un monde plein de séparations, de barrières, d'espaces clos qui n'arrivent pas à communiquer entre eux.
Chacun de nous, selon son éducation, sa personnalité, s'enferme à double tour dans des espaces comme ça : celui des matheux, celui des littéraires ; celui des bourgeois, celui des ouvriers ; celui des français, des espagnols ou des américains ; celui des femmes, celui des hommes.... je ne continue pas l'énumération, je pense que vous avez compris l'idée.
Ces espaces sont clos, mais ils peuvent se chevaucher.
Et comme en théorie des ensembles (clin d'oeil pour les maths :D), les espaces qui se coupent délimitent alors un espace encore plus petit.
Vous voyez ? Comme ça :
Le petit espace bleu foncé au milieu, c'est celui où je suis enfermée si je reste accrochée à chacun des trois espaces qui le délimitent.
Plus je me fabrique d'espaces, plus je me fabrique de définitions de moi-même, plus je restreins mon champ d'action, plus je réduis l'espace au milieu, à l'intersection de tout ça.
Ça donne au final que je suis quelqu'un de très "défini", par exemple (au pif) : ingénieur, fille d'ingénieur, vivant dans tel quartier de paris, amatrice de cinéma d'art et d'essai, de musique jazz, et de danse contemporaine, fine connaisseuse en oenologie, parlant l'anglais, mariée, deux enfants, un chat, branchée spiritualité etc etc.
On peut continuer à l'infini. On peut rajouter tout plein de petites cases, encore et encore et encore.
Dans le minuscule espace qui reste à l'intersection de ces cases, je suis quoi moi ? Je suis qui ?
Comment je respire ???
Comment je fais des choix ?
Comment j'explore de nouveaux possibles ?
Et même, comment je peux simplement envisager l'existence de nouveaux possibles avec tous ces murs qui m'entourent ?
Je crois que la réponse est simple. Je ne peux pas, je suis coincée.
Pour me décoincer, je peux essayer quelque chose : et si.... j'arrêtais de me définir en permanence ? Et si j'arrêtais de raconter autour de moi et dans ma tête : je suis comme ci, et je suis comme ça, et j'ai vécu ci, et j'ai vécu ça ?
Peut-être qu'en expérimentant cette nouvelle façon de vivre, je pourrais découvrir qu'il y a un monde au-delà de moi. Qu'il y a une terre, des gens, des plantes, des animaux.
Des énergies.
Des rayons de soleil. Et des lieux d'ombre.
Peut-être...
En tout cas, ça ne coute rien d'essayer...
Peut-être que l'identité est autre chose que ce que nous appelons habituellement identité, personnalité, expérience, curriculum vitae...
Peut-être même que l'identité n'a pas tellement d'importance.
Peut-être que ce qui a de l'importance, c'est ici et maintenant de respirer et d'être...
Et que le plaisir de vivre se trouve dans un grand espace ouvert, plutôt qu'à l'intersection de plein de petits espaces fermés...